[ Rades ]

France, 2018 - (en cours)

Photographie d’une France des bistrots vivants, de leurs patrons et habitués.

Alors que l’on comptait plus de 200 000 cafés en France dans les années 1960, leur nombre a depuis vertigineusement chuté pour péniblement atteindre les 36 000 enseignes aujourd'hui. Pire, 26 000 communes seraient aujourd’hui sans troquet. Documenter ces fermetures aurait pu être un angle. Donner à voir le verre vide, l’absence au comptoir, la décrépitude des crépis.

Cette série, elle, fait le choix de montrer le rideau à moitié levé plutôt qu’à moitié baissé des Rades, terme affectif choisi pour valoriser tout le folklore populaire de ces espaces-temps remplis de vies. Celles de patron.nes et habitué.es débattant au comptoir autour d’un espresso, d’une bière pression et de cacahuètes trop salées, ou s’en détachant pour lire le journal en terrasse ou jouer au baby. Des histoires inscrites dans les murs d’établissements souvent baptisés du même nom - Café des Sports, Café de la Place et Longchamp en tête (Insee, 2019) - et parfois eux-mêmes (Monuments) Historiques, comme c'est le cas d'une dizaine encore en France.

Portraits, détails et moments choisis.

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Sujets couverts :
- Dieux du Rade 2020 (calendrier)
- Bistrots et confinement, avril 2020 (Libération)
- Réouverture des terrasses des cafés à Paris, juin 2020 (série photo)
- 10 terrasses emblématiques de Paris, juillet 2020 (Time Out)

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Carte des Rades photographiés : ici

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Portfolio : sur demande

Extrait ci dessous.

Assis seul à sa table du Bar des Sports d'Ansouis (84) avec sa monture double-verres, Marius se confie : "depuis 60 ans je commande presque toujours la même chose : un rosé-limonade."

Un regard - celui de Jil, j'irai la voir ensuite pour lui envoyer la photo - aux Pères Populaires (Paris). Depuis son apparition en Perse au XVIème siècle, le café se veut souvent lieu de rendez-vous, quand il ne s'agit pas d'y télé-travailler, lire le journal du jour mis à disposition ou rédiger quelques lignes.

Georges Perec écrivit notamment depuis le Café de la Mairie (place Saint-Sulpice, Paris) en 1974 son récit "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien", où pendant trois jours d'affilée il prend note de tout ce qu'il voit.

"L'été, j'aide mon père à tenir le bar. Le Bosphore est surtout fréquenté par la communauté turque. Ça peut paraître difficile pour quelqu'un de l'extérieur de passer la porte. Alors quand une nouvelle personne rentre, je suis content, et curieux !",

Dogan, serveur au Bosphore (Bourganeuf)

Des cacahuètes au bar Le Gavroche (Paris).

Une étude anglaise révélée en 1997 par le Dr Frédéric Saldmann a souligné la présence de 14 traces d'urine différentes dans une même coupelle d'arachides mise à disposition pour les clients d'un pub. Une autre analyse belge plus récente (2012) a décelé elle de l'urine dans les cacahuètes de 3 des 5 bars testés.

Rabah, l'un des co-gérants du Zorba (Paris). "J'ai commencé à bosser ici en 2007, j'y ai vraiment appris le métier" détaille celui qui a racheté fin 2019 le Café de Paris, rue Oberkampf, et qui figure dans le Calendrier des Dieux du Rade 2020.

Ouvrant dès 5h du matin, Le Zorba est (re)connu pour être l'une des adresses d'after de Belleville. En journée il accueille essentiellement des joueurs de tiercé.

Christophe et Gaëtan, prenant leur café Chez Charlette (Paris), le 2 juin 2020, 1er jour de la réouverture des terrasses d'un Paris post-confiné (série disponible ici).

Le premier le prendra à emporter : "Je préfère, je le bois en chinant au Marché d'Aligre". Le second de crème vêtue, préfère se poser : "le bistrot m'avait manqué pendant le confinement, surtout pour aller pisser je dois avouer."

Le Café des Sports (ici celui du Lion-d'Angers, dans le Maine-et-Loire) est le nom de bar le plus porté aujourd'hui dans l'Hexagone. L'Insee en dénombrait 398 en 2019, devant le Bar des Sports (211) et le Café de la Place (190).

À date, j'ai pu visiter 26 Cafés/Bars des Sports en France, localisés sur cette carte.

Paul, serveur aux Bancs Publics à Paris, posant sur la terrasse éphémère du bar, élargie aux quais au moment du déconfinement, en juillet 2020.

Tirée d'un reportage pour le magazine Time Out

Georges, habitué du café Maeva, à Saint-Mammès (Seine-et-Marne), posant en terrasse. « Ma mère m’a fait avec des élastiques à la place des jambes, j’y peux rien ! » lâche-t-il avant de rejoindre sa péniche amarrée juste en face, sur le quai de Seine.

- Photographié au Mamiya 645

Un petit chien et sa maîtresse, devant un verre de sirop de menthe, au PMU La Rotonde, à Biguglia (Corse), en février 2019.

"J'aime bien me poser dans mon bar, et jouer aux Mots Croisés de la Nouvelle République. Parfois je demande aux clients s'ils savent telle ou telle définition" s'amuse Annie, co-gérante depuis 40 ans avec son mari de l'Hôtel de France à Sougé (41).

Poésie de comptoirs, au Café des Sports de Noves (13) et à celui de Janville (28).

Pour les autres, lisez les "Brèves de comptoir" de Jean-Marie Gourio, qui a compilé de 1987 à 2015 en plusieurs ouvrages les meilleures punchlines de bistrots.

Marc, accoudé au comptoir du Sully, à Paris, un matin de décembre 2019.

"Dans les rades à l’ancienne, bah tu te sens pas tout seul. C’est ce qui me fait venir tous les jours ici prendre mon demi. Voire deux." livre-t-il.

Si les flippers, jeux d'arcade et billards peuplent de nombreux rades, le baby-foot reste un incontournable (ici celui du Café des Sports d'Égreville, en Seine-et-Marne).

Créé fin XIXème, le jeu est progressivement apparu dans les bistros, sous l'impulsion notamment dans les années 60 de la marque française Bonzini et de son mythique B60. Ce modèle se vend aujourd'hui autour de 2700€, avec monnayeur de 50cts, 1€ ou 2€.

Regard capté sur la terrasse du Relais de Belleville (Paris), le 2 juillet 2020 à 19h42.

Le Pavillon Bleu, Avenue du Chevalier d'Eon Ă  Tonnerre (89).

Google renseigne que son pic de fréquentation intervient essentiellement entre 10h et midi, et que les clients restent généralement une quinzaine de minutes sur place (source).

Elles ce sont Georgette, Thérèse, Odette et Anne. Habituées du Café des Sports de la Place Sadi Carnot de Saint-Étienne (42), elles se retrouvent "tous les mardis, vendredis et dimanches, car c’est jours de marché !" précise Georgette.

Les tasses vides de Georgette, Thérèse, Odette et Anne, du Café des Sports de Saint-Étienne toujours.

Une photo qui a illustré un billet de Jacky Durand dans Libération : "Le vrai déconfinement passera par le bistrot" (mai 2020).